« Notre style est fait de nos limites »

Jour de colère, huile sur toile, 1975

 

Par Gabriel Sarraute

Une vocation de peintre, c’est comme une graine qui poussera si elle a assez de force en elle et si elle trouve, n’importe où, dans un champ ou sur un toit, la terre nécessaire.
Jean Camberoque, carcassonnais, a commencé à peindre à vingt-deux ans. Il a commencé sans Maître et en province. Mais il s’est acharné à son œuvre avec une sorte d’espoir désespéré et maintenant son nom commence à être connu au loin.

C’est un coloriste né et il est arrivé à créer des harmonies avec des couleurs de contrevents, avec les sept couleurs du prisme non humanisées. Avec des tons stridents, il est parvenu à composer des ensembles assourdis.
C’est un dessinateur. Longtemps, il a, d’après nature, tracé des figures en mouvement, des danseuses, des animaux en liberté. Il a fait des bois gravés, où la plus légère erreur apparaît et il est capable de faire des dessins très stricts même quand il préfère une facture plus libre.
Céramiste – et il pense à juste titre que la céramique n’est pas un « art mineur » -, il a réalisé de grands ensembles. Pour les réussir, comme pour réussir un plat, un vase, une plaque, il faut de la décision, du coup d’œil, une conception juste de la composition colorée, de la composition en valeurs et en lignes générales et surtout la prévision de ce que donneront les oxydes quand la terre sortira du four.

Camberoque a fréquenté la chambre noire du poète Joë Bousquet qui a écrit la préface de plusieurs de ses expositions et dont il a illustré Le Meneur de Lune. Le surréalisme a eu quelques influences sur lui, avec Hans Bellmer, mais il ne s’y est pas arrêté. Il n’est pas abstrait bien que Charles-Pierre Bru, son ami, lui ait dédié son Esthétique de L’Abstraction.
Ses paysages -- sans personnages -- , vues de ports, d’étangs, de bois,sont austères et fort loin de l’impressionnisme. Ses Portraits sont avant tout des tableaux. Ses natures mortes sont pour lui des occasions d’établir des harmonies. Enfin, il a abordé en céramique, de grandes scènes à sujet et il n’a pas été écrasé par le sujet.

Il pense que notre style est fait de nos limites, qu’il y eu des époques où certains peintres universels n’ont pas eu de limites et ont eu pourtant un style. Il est d’avis que « l’avenir est à celui qui aura le courage et la grandeur de s’effacer devant l’œuvre et qui tentera d’être aussi impersonnel que possible ».

Retenez donc ce nom : Jean Camberoque.
Il est de ceux que vous êtes appelés à relire.
Texte écrit par Gabriel Sarraute dans les années 1960-65

39 réponses à “« Notre style est fait de nos limites »”

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  1. 22 09 2007
    Noah Norman (10:26:10) :

    Bonjour,

    J’ai laissé un com sur le topic que tu as ouvert. J’aime le travail de J. Camberoque et j’ai vu, il y a longtemps un court film sur lui qui était réalisé par Charles Camberoque – je ne sais pas s’ils étaient apparentés mais le peintre comme le photographe et cinéaste sont à découvrir ou à redécouvrir de part leurs talents respectifs.

    Bonne fin de semaine, e reviendrai explorer mieux ton blog. Bonne continuation.

    Noah

  2. 22 09 2007
    Modérateur (10:37:33) :

    Bonjour à mes premiers visiteurs !

    Pour répondre à l’interrogation de Noah…effectivement Jean Camberoque est le père de Charles Camberoque. Ce dernier avait fait un documentaire sur la réalisation par son père de la toile monumentale accrochée actuellement en Gare de Carcassonne (je vous conseille d’aller y jeter un coup d’oeil si vous êtes dans les parages).

    Bonne journée à tous et merci pour ces commentaires !

  3. 27 09 2007
    RP (22:10:50) :

    Alors moi je connais l’oeuvre de Camberoque en tant qu’Audois ( il y a avait Savy- que j’ai eu, comme prof « de dessin » à l’EN de Carca). Camberoque, j’ai beaucoup aimé ses céramiques et ses azulejos- celui des fécos à Limoux et celui de la Méditerranée à Moujan ( route de Narbonne Plage) sur le transfo EDF, défiguré depuis un an par des tags anti Sarko et surtout imbéciles, et personne ne fait rien… En revanche je comprends mal l’étiquette midi noir, midi bleu béleou, bon on ne reparelra.
    Adious
    RP

  4. 27 09 2007
    Henri (22:21:47) :

    Quand j’étais tout jeune, pensionnaire à ND de l’Abbaye, nous allions souvent le mercredi aprèm jouer dans les lices de la cité et aussi nous vaquions dans les rues….et c’est là, dans je ne sais plus quelle galerie , que j’ai découvert les oeuvres de ton père…je pense même que ce fût mon premier contact avec la peinture….j’avais 10 ans
    amitié
    Henri

  5. 27 09 2007
    Benoit (22:49:20) :

    Réponse à RP
    Comme tu peux le lire, (un peu plus loin sur ce blog dans un extrait de texte du « Midi des peintres » publié par Hachette en 1964), c’est Pierre Cabanne, critique d’art bien connu, qui avait écrit au sujet de Jean Camberoque: « Le peintre du Midi Noir ».
    Car, entre les années 60/75, dans la peinture de Jean Camberoque, il y avait une forte dimension tragique et politique. Elle a disparu plus tard, car les tableaux de cette période inquiétaient trop le public. Mais pour moi, c’est sa plus belle période !
    Si tu viens à l’expo qu’on est en train de monter pour la ville de Trèbes, (en Décembre probablement), tu verras quelques uns de ces tableaux que nous allons essayer de rassembler.

    Benoit

  6. 28 09 2007
    joseph mornet (07:22:41) :

    Merci de donner ainsi accès à l’oeuvre de Jean Camberoque.
    La force des toiles vient des couleurs mais aussi de la trame du dessin, les deux se soutenant d’une technique solide et singulière.
    Les oeuvres acquièrent ainsi, dansle même temps, de la légéreté et du tragique, de l’anecdotique et de l’intemporel.
    Et puis, quelles fréquentations ! On ne peut qu’envier ces regroupements d’artistes, d’écrivains et autres, et la richesse qu’ils s’apportaient. L’hommage de Pierre Cabanne à « l’aventurier », ce n’est pas rien ! Joseph

  7. 28 09 2007
    corentin.s (09:31:37) :

    Beau blog, l’ oeuvre de jean Camberoque le mérite

  8. 28 09 2007
    Brigitte (13:18:19) :

    bonjour à toi, Nina,

    ….dans mon petit village de l’aude, il y avait des paysans, bons et laborieux, une instit, un telephone public, des enfants qui volaient les cerises en juin, des vieux, bons et tout ridés
    , des cochons qu’on tuait en fevrier,et la télé chez madame Calbot ! …et puis, il y avait UN PEINTRE , gendre de ces gentils voisins !
    ! je veux dire un vrai peintre qui peignait des tableaux ! alors forcement, la porte d’un monde de la couleur, de la creation, de la poésie,..de l’imaginaire etait ouverte !

    merci ma petite Nina pour cette memoire de monsieur Camberoque, ton papé à toi.

  9. 28 09 2007
    Mariano Planells (18:21:58) :

    Encantado de conocer su obra, que parece muy interesante. La seguiremos de cerca. Saludos a todos desde Ibiza.

  10. 28 09 2007
    tonvoisin (18:44:31) :

    ces oeuvres sont force et puissance et font remonter des émotions et des sentiments que l’on avait caché et qui ne s’étaient pas encore réveillés ou qui ne nous étaient pas encore révélés

  11. 30 09 2007
    Georges dit Jojo (22:52:34) :

    ce serait trop long pour exprimer ici tout ce que je ressens mais peut-être plus que l’oeuvre (qui , quoiqu’il en soit reflète l’auteur!), c’est la Personne qui fait remonter en moi oh! combien de souvenirs…
    Et tu le sais « Benoit »!…Alors je n’en rappellerai aucun car si je commence ton cadre sera bien trop rikiki!
    Du Pont Rouge à Courtauly en passant par la rue Antoine Marty, les « tustets » le dimanche soir à la sonnette du veilleur de nuit du Petit Lycée, rue de Verdun ou chez son ami Nelly…Bon j’ai dit que je ne commencerai pas!

  12. 1 10 2007
    françoise (17:40:29) :

    j’aime tout

  13. 3 10 2007
    Michel et Dominique Desbordes (09:35:05) :

    Nina,

    C’est très bien de rester proche de ses « racines ». Ton travail est super!

    Bises

    Dominique et Michel

  14. 4 10 2007
    AMD (19:05:48) :

    Je découvre ce peintre que je ne connaissais pas.Jen’ai pas souvenir que vous m’en ayez parlé et il m’est difficile de me faire une opinion d’après un blog . J’avoue aimer voir les oeuvres vraiment et essayer de les décrypter;mais je trouve l’initiative de Nina très interessante déja par l’utilisation de la transmission et j’espère qu ‘elle pourra par la suite faire encore plus pour permettre de découvrir à des profanes comme moi l’oeuvre de son grand père.Félicitez la de ma part J’ai trouvé son blog émouvant et beau

  15. 6 10 2007
    vivien (06:48:33) :

    un grand plaisir que de retrouver par un blog un grand artiste comme lui.
    bravo et encore merci.

  16. 8 10 2007
    aides (22:59:40) :

    sympa les tabeaux et j’aime beaucoup les photos. bonne audience sur votre blog
    Michel de BREST
    http://finisterenord.unblog.fr

  17. 9 10 2007
    Yves (21:24:58) :

    Bel espace sur Internet qui ouvre une fenêtre sincère et sensible sur l’oeuvre de ce grand plasticien et ami de la couleur. Des lumières, des danses, des êtres qui communient dans un Midi où l’identité de chacun procède des solidarités entre tous.
    J’attends impatiemment d’autres tableaux, oeuvres et témoignages, car ce premier aperçu me donne envie d’explorer plus loin le sillage de Jean Camberoque.
    Un grand bravo, Nina !

  18. 11 10 2007
    simon miquel (20:02:37) :

    super d entretenir la mémoire et l oeuvre des audois célébres!Ou peut on voir des oeuvres de camberoque,une rétrospective est elle prévue?Existe il un catalogue exhaustif de son travail?merci

  19. 11 10 2007
    Modérateur (21:53:08) :

    Un catalogue de la rétrospective du travail de Jean Camberoque, exposée au Musée des Beaux Arts de Carcassonne en 2000, est toujours disponible au Musée.
    On peut y voir près de 70 reproductions de ces tableaux de 1940 à 2000.
    Ce catalogue est imprimé au format 28 cm x 24 cm, en couleurs.

    Musée des Beaux Arts de Carcassonne
    Rue de Verdun
    11000 Carcassonne
    Téléphone : 04 68 77 73 70

    Un autre livre : Camberoque, entretiens avec Jean Pierre Roque. Publié en 1987, est également disponible aux Editions Loess avec 25 reproductions de peintures et de dessins.

    Editions Loess
    Téléphone : 04.67.21.28.03
    email : loess@ifrance.com

  20. 12 10 2007
    Tata k (18:09:34) :

    Sympa d’avoir fait ce blog !!

    Bonne continuation et longue vie sur la toile….

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